IN MEMORIAM

Cinq ans, une minute et 49 secondes plus tard…..

 

Le Comité Laïcité République, membre du « Collectif du 11 janvier », remercie les citoyennes et citoyens, les associations et les partis républicains, laïques et humanistes qui se sont joints à nous pour le rassemblement  du 12 janvier Place Aristide Briand à Nantes cinq ans après celui du 11 janvier 2015, pour la liberté, la République, la Laïcité et la Fraternité.

Pour celles et ceux qui n’ont malheureusement pas pu être des nôtres , ci-dessous notre intervention au nom du CLR Pays de la Loire.

Bonne lecture et à très bientôt pour de nouvelles actions au nom des valeurs républicaines de nous partageons et qui nous rassemblent.

 

Discours du  Comité Laïcité République Pays de la Loire

Bonjour à toutes et à tous

Merci de vous être déplacer jusqu’à nous. Remerciements aux élu(e)s qui nous font l’honneur d’être parmi nous car c’est leur place…  Mais où sont les autres, où sont-ils ? Où toutes celles et ceux qui s’étaient rassemblé(e)s dans toutes les villes de France les 10 et 11 janvier 2015

La raison de notre présence ici se trouve hélas marquée sur cette banderole que vous voyez là. 2012 / 2020, nos morts, nos blessés. Oui on continue toujours de tuer au nom d’une religion.

Être Charlie, être toujours Charlie, c’est ne pas accepter, ne jamais accepter qu’on tue au nom d’une religion dans notre pays et au-delà dans tous les pays du monde. Plus de 250 morts et des milliers de blessé(e)s, nous sommes toujours dignes grâce à une grande capacité de résilience et nous ne sommes pas tombés dans le piège de la division en communautés face à face prêtes à en découdre. C’est ce qu’ils ont voulu ces extrémistes islamistes mais ils ne l’ont pas obtenu car figurez-vous leurs coreligionnaires non plus n’en veulent pas et nous sommes toujours restés unis au sein d’une communauté nationale quel que soit nos croyances ou non croyances mais nous ne pouvons, nous ne devons ni ne voulons oublier…

Après Toulouse et Montauban en mars 2012, nous n’avions probablement pas compris ce qui allait se passer chez nous, le retour des religions dans l’espace politique car la nature a horreur du vide puisque nos gouvernants depuis plusieurs années ont déserté le champ politique et sont devenus des gestionnaires et des communicants.

Faut-il nous rappeler que nos acquis, et j’insiste bien sur ce mot acquis, de liberté, d’égalité et de fraternité nous le devons à un long processus qui a abouti à la loi de 1905 appelée aussi la loi de séparation des églises et de l’État dont un de ses artisans nous appartient à nous nantaises et nantais Aristide Briand le rapporteur de cette loi.. Il nous faut retrouver nos fondamentaux.

Nous sommes à cette place d’une forte symbolique pour leur faire une piqûre de rappel à nos élu(e)s puisqu’ils ont voulu le pouvoir, sur l’histoire de ce pays construit comme une singularité par leurs illustres prédécesseurs qu’ils sont sensés porter et passer aux générations suivantes.

Nous avions d’ailleurs imaginé à une marche du château des Ducs de Bretagne vers la place Aristide Briand, mais les tensions sociales actuelles et son corollaire d’expression dans l’espace public la rendaient difficiles. Nous avons choisi de privilégier la sécurité de nos concitoyennes et concitoyens ce qui explique par ailleurs le changement de date à la dernière minute.

Pour mémoire c’est dans ce château que fût signé l’Édit de Nantes en 1598 qui mît fin temporairement aux guerres de religions entre les catholiques et protestants. C’est à mon avis le début d’une approche humaniste c’est-à-dire privilégier le bien-être de l’homme d’un hypothétique au-delà paradisiaque.

Cet humanisme fut conforté et véritablement engagé avec la déclaration des droits de l’homme et du citoyen issue de la révolution française de 1789.

Ce changement atteint son apogée en 1905 avec la loi de séparation des Églises et de l’État. Cette loi à laquelle tout le monde est attachée et qui sondage après sondage n’est jamais démenti a permis d’affirmer définitivement que la gestion de la cité est maintenant un domaine exclusivement réservé à l’État. Ce qui donnait tout son sens à la célèbre phrase de Victor Hugo « l’État chez lui, l’Église chez elle ».

Nous constatons aujourd’hui que cette loi qui nous a assuré la paix civile depuis cent quinze ans ne cesse d’être décriée et même notre Président de la République chargé d’y veiller comme la prunelle de ses yeux aurait des velléités à la modifier pour faire de la place aux religions particulièrement à l’islam.. Faut-il lui rappeler les articles 1 et 2 justement de cette loi. Nous lui rappelons que cette loi lui résistera et lui survivra car « Fluctuât Nec Mergitur » symbole de résistance « Il est battu par les flots, mais ne sombre pas » pour emprunter la devise de la ville de Paris. La greffe du modèle multiculturaliste anglo-saxon ne prendra pas. La France sera singulière ou ne sera pas.

La France, république une, indivisible, laïque, démocratique et sociale a une seule communauté, la communauté nationale et ses citoyennes et citoyens ont surtout besoin qu’on leur rappelle leur histoire, cette histoire commune aux femmes et aux hommes de diverses origines qui vivent dans ce pays. Nous ne sommes pas venus en France par hasard.

Voyez-vous nous ne nous ressemblons pas tous alors si je vous parle de votre histoire c’est parce que c’est aussi mon histoire et qu’elle nous est commune… Il se trouve que

jamais elle n’a été traduite aux nouvelles générations comme telle. Aux hommes et femmes politiques qui nous gouvernent je leur dirais il n’est jamais trop tard pour bien faire.   Beaucoup de générations ont déjà payé un lourd tribut alors pour les prochaines faites-en des français et non des anglo-saxons, des arabes, des noirs, faites qu’ils soient fiers de leur pays, fiers d’être français et qu’ils ne tuent plus leurs concitoyens au nom d’une religion.

Moi vous parle si je vous dis que je suis né français en Afrique, après les indépendances je n’étais plus français, je le suis redevenu arrivé en France en réintégrant ma nationalité de naissance, avouez que c’est une belle histoire qui mérite que je la partage avec vous non ?

Être Charlie aujourd’hui c’est refuser de se soumettre aux dogmes religieux, être Charlie c’est défendre nos libertés si chèrement acquises. D’abord la liberté de conscience car c’est celui qui précède et qui est à la base de toutes les autres libertés de croyance ou de non-croyance ou d’en changer, la liberté d’expression, la liberté de la femme et l’égalité femme-homme.

Toutes ces conquêtes acquises au fil des années, car il ne faut surtout pas oublier qu’elles ne sont pas innées et qui dit acquis dit aussi obligation de veiller à ne pas les perdre.

La France ce pays que beaucoup surtout ses dirigeants politiques et économiques aiment tant critiquer a été, est et sera toujours terre d’accueil ce qui explique ces vagues successives d’immigration… C’est un pays qui depuis toujours a accueilli tous les damnés de la terre parce que ses valeurs malgré certaines périodes sombres de son histoire sont humanistes et universelles. Sa devise « liberté égalité de fraternité » elle l’a toujours partagé avec le monde c’est aussi pour cela qu’elle est le pays en Europe qui a accueilli et comporte dans sa population le nombre le plus important de gens venus d’ailleurs comme moi qui vous parle. C’est un pays qui respire la liberté c’est d’ailleurs pour cela qu’elle ne laisse jamais indifférent de par sa singularité.

Ce rassemblement à l’image des 10 et 11 janvier 2015 nous intime le devoir de mémoire envers celles et ceux qui ont perdu leurs vies pour défendre nos valeurs que nous avons tendance à oublier mais qui ont fait ce que nous sommes aujourd’hui des femmes et des hommes libres et égaux en droits.

Le symbole « je suis Charlie » au-delà des caricatures et l’outrance qu’on peut y trouver dans leurs dessins ou écrits est la traduction dans La liberté d’expression de la liberté tout simplement l’insouciance dans laquelle beaucoup d’entre nous avons grandi … En France il n’y a pas de délit de blasphème, nous devons le réaffirmer haut et fort.

Dans le pays où je suis né on me faisait peur avec la religion. Tout ce que je faisais ou voulais faire presque instinctivement je pensais à la conséquence : paradis ou enfer ? C’est en France que j’ai appris petit à petit à m’en extraire de ce conditionnement… C’est parce que jusqu’à présent on a toujours préservé la liberté de conscience de tous les citoyens et particulièrement les enfants dans la période de leur instruction que dans ce pays qu’on a la liberté de croyance ou de non croyance ou d’en changer. Il faut savoir qu’en France plus de deux tiers de la population n’a pas croyance.

C’est cela qui a toujours agacé les religions et qui continue de les agacer. Elles n’ont jamais désespéré de reprendre le pouvoir sur les personnes.

Aujourd’hui l’abandon du champs politique par les hommes et femmes politiques pour la communication est du « pain béni » pour elles c’est le cas de le dire .. Certaines d’entre elles particulièrement l’islam porte en son sein des extrémistes qui ont un projet politique, comme les partis extrêmes ..

Nous devons à nos enfants aux futures générations de laisser un pays un continent et au-delà un monde meilleur a défaut le même que celui dans lequel nous avons vécu dans la liberté l’égalité la fraternité et cela n’a été possible que grâce à ce principe d’organisation juridique politique de la société à travers la loi de 1905 dite de laïcité laïcisation de la société française que nous avons pu l’exercer .. Elle n’est ni ouverte ni fermée ni positive ni négative ni radicale ni une religion ni contre les religions… Elle a rendu possible la séparation des églises et de l’état pour permettre à chacune et chacun de chercher sa vérité.

La nature a horreur du vide si nous laissons le champ libre aux religions elles occuperont le champ politique à notre place et bien sûr il n’y aura plus Charlie mais il n’y aura plus rien du tout .. Adieu nos libertés le retour des dogmes qui s’accompagnera bien sûr à de nouvelles guerres de religion chacune avec sa vérité révélée qu’elle tentera d’imposer aux autres ..

Les premières qui perdront tout de suite leurs maigres acquis de toutes ces années de combats pour l’égalité seront les femmes. On sait que l’on perd mais on ne sait jamais ce que l’on retrouve

Liberté Égalité Fraternité Laïcité pour une bonne et heureuse année laïque et républicaine